(dans la chronologie actuelle, « Le Cobaye » se trouve au tout début, avant qu’il ne voie Cassandra pour la première fois, avant la grande crise… c’est le début de l’histoire de Zak)

Le cobaye

Zak déambulait seul sur l’avenue des Érables. Il n’y avait pratiquement personne. Il levait souvent les yeux vers le ciel qui était parfaitement dégagé. Les grandes lumières de la ville étaient maintenant éteintes, laissant à l’Univers le soin de décorer le plafond de la Terre. Il savourait l’instant, sachant qu’il n’en avait plus pour très longtemps à endurer son incessante douleur; tant physique qu’émotive. Cassiopée brillait au-dessus de sa tête. Il était toutefois légèrement dérangé par les lampadaires qui, détectant sa présence, s’allumaient successivement pour lui éclairer le passage. Loin devant et, loin derrière, les autres lampadaires étaient restaient éteints jusqu’à ce qu’un autre piéton ne soit détecté. C’était là l’initiative des grandes villes pour diminuer la pollution lumineuse disait-on. Mais la véritable motivation des administrations municipales était bien plus pécuniaire qu’environnementale. Cette nouvelle technique liée au besoin d’éclairage uniquement avait diminué les coûts de façon drastique. La baisse de pollution lumineuse était davantage une conséquence qu’une volonté. Mais l’inverse paraissait tellement mieux dans l’opinion publique, on préférait clamer que la réduction de pollution lumineuse sauvait des millions de dollars et avoir l’air consciencieux plutôt que radins.

Il n’était plus qu’à quelques mètres de « La Ruche », le complexe d’habitation ainsi nommé comme bien d’autres parce qu’il était exactement construit de la même façon qu’une véritable ruche. Les appartements étant les alvéoles, faites de matériaux ultrarésistants qui étaient particulièrement efficaces à isoler chaque cellule des bruits des cellules environnantes. L’édifice en plus d’être d’une efficacité énergétique inégalée maximisait l’espace habitable et donc les profits pour les propriétaires. Zak avait loué une des alvéoles situées tout en haut de la ruche même s’il lui en coûtait un peu plus. Cela lui donnait accès à un puits de lumière panoramique lui permettant à loisir d’observer les étoiles quand il allait au lit. Mais cette lui, il allait assister à sa dernière représentation. C’était son souhait, il en avait assez, le mal avait assez duré.

S’approchant de l’escalier, les mains dans ses poches, Zak tâtait la fiole d’hexagones. Sur la route jusqu’à son appartement, il avait à maintes reprises eu l’idée de la lancée au bout de ses bras, là où se serait découragé de la cherchée. Mais chaque fois, il se souvenait de l’intense douleur que la tumeur lui causait. Sa cause était désespérée de toute façon. De combien de temps disposait-il? Un an? Moins? Plus? Les experts lui avaient annoncé dix-huit mois. Il avait dépassé l’échéance de six mois déjà. Depuis deux ans il endurait des migraines presque quotidiennes. Il était officiellement inapte au travail, mais la compagnie pour laquelle il travaillait lui avait offert un pont d’or à l’embauche qui comprenait un régime d’assurance qui lui permettait de finir sa vie sans trop se soucier des paiements nécessaires à sa subsistance. Mais même s’il lui restait encore une année de revenus avant que les assurances n’arrivent à échéance, lui, il n’en pouvait plus. La solution était au bout de ses doigts.

Enfin devant sa porte. Il appuya sa main sur la serrure électronique. Il y eut un premier bip quand la puce sous sa peau fut détectée, puis un second quand l’empreinte de sa paume fut confirmée. La porte s’ouvrit et l’alvéole longue de cent pieds lui était à nouveau disponible, pour la dernière fois.

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