Ce billet est inspiré du commentaire de mon amie Sonia sur ma page Facebook à propos d’un statut que j’ai publié. J’y montrais que nos cendres peuvent servir de terreau pour y faire naitre un arbre et que qu’on peut être planté à peu près partout. Le tout est biodégradable. Sonia m’écrivait :

« Ma fille refuse totalement que je fasse ça, elle veut m’avoir dans son salon, pour me trimballer avec elle dans ses déménagements… J’arrive pas à la convaincre…”

Je ne prétends pas que je vais réussir. Mais je pense que ça vaut la peine d’au moins donner mon opinion sur le pourquoi de cette éventuelle démarche. Je pense que nous sommes assez mûrs dans cette société pour faire ce geste.

(masculin utilisé pour alléger le texte)

Le respect de la dépouille

Le rite associé à l’inhumation est vieux comme la terre. Il y a bien longtemps, on croyais que pour le long voyage vers l’inconnu, le défunt était enterré avec des outils qu’il utilisait au quotidien. Des choses qui le reliait avec sa vie « d’avant ». Il y avait dans ce geste énormément de respect et d’amour. On ne voulait surtout pas que le disparut se retrouve sans moyen « de l’autre côté ».

De nos jour c’est un peu différent. Si le défunt n’est pas incinéré, on le prépare tout de même pour qu’il soit « beau » avant le grand voyage afin que tout le monde s’en souvienne à son mieux. On le prépare élégamment pour le dernier gala, le dernier rendez-vous, le dernier adieu… mais au fond là; qu’est-ce qu’il s’en balance une fois de l’autre côté!!! Mais pire encore! On le fout dans une boite qui coûte une fortune, puis on le corde avec un régiment d’autres défunts qu’il ne connait ni d’Ève ni d’Adam (quoi qu’encore là, ça ne lui fera pas un pli de plus…) sur un vingt pieds carrés que les survivants iront voir une fois de temps en temps pour « se souvenir ». Hummmmm! Est-ce que tout ça a vraiment un sens? Est-ce que c’est une marque de respect? Pas certain… voyons ça un peu plus loin.

Partons d’une base évidente. Le défunt… une fois mort y s’en câlisse pas mal d’où y va finir. Après tout, si la vie après la mort existe, là où y va être, ses cendres ou ses vieux os ne vont pas lui être utiles. MAIS, si on passe du côté symbole, souvenir, respect, amour… alors là peut-être que la situation change. Comment veut-on se souvenir de nos proches qui partent? Dans notre for intérieur, je pense qu’on s’entend pour dire que ça ne fera pas grand différence une place ou l’autre. Mais il s’agit tout de même d’une personne que l’on aime. Son père, sa mère, un frère… un ami proche. Cette personne était peut-être animée d’une passion, d’un désir jamais atteint. N’y aurait-il pas un plus beau cadeau à faire, un ultime cadeau, que de transporter cette personne là où cette passion, cet amour se trouve? Mieux encore, comme je l’ai dit plus haut, ça ne fait rien au défunt… mais la personne qui apporte les cendres dans ce lieu si spécial ne pourra faire autrement que de sentir beaucoup d’émotions, d’amour quand elle arrivera à la destination finale. De mon point de vue, garder l’urne avec soi, c’est un peu de l’égoïsme, un refus de lâcher prise. Ça ne changera rien à rien. Mais la charge d’émotion de « visiter » le lieu si spécial où on aura laisser l’être cher un an ou dix ans auparavant, en sachant qu’on l’a laisser là où son amour, sa passion se trouvait, alors ça c’est quelque chose d’unique que personne ne peut voler ou copier.

Moi, je voudrais que mes cendres servent d’engrais ou de terreau pour un pin ou un sapin quelque part sur les pentes du Mont-Whistler… ou sur Blackcomb. Mais quelque part en haut. J’ai des frissons quand je pense à ce premier voyage que j’ai fait quand j’avais dix-huit ans. Et je me dis que peut-être, cet arbre qui aura grandi dans mes cendres abritera peut-être des aigles ou peut importe, d’autres oiseaux.

Bien sûr, je ne m’en rendrai jamais compte. Mais si ça peut donner ne serait-ce qu’un sens minuscule à ma mort, d’une certaine façon, ça me réconforte.

Last Goodbye retouche 2013s

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