Jacques-Cartier-Bridge

 

Cette fois, elle avait gravit la structure du pont pour s’installer tout en haut et n’avoir rien d’autre que la lune et les étoiles comme compagnons. Les lumières de la ville, à part quelques délinquants allaient bientôt diminuer. Le vent froid était fort à cette hauteur. Assise sur la structure, elle sorti un ruban de coton pour attacher ses longs cheveux bruns qui ne pouvaient résister à la force intempestive du vent d’août. La lune cette nuit là était si brillante qu’elle pouvait lire sans aide les messages laissés par d’autres aventuriers qui étaient passé sur la structure en dépit des nombreux dispositifs de sécurité qui avaient été installés. S’ils avaient contrecarrés toute tentative de suicide, ils avaient facilité ou disons sécurisé l’ascension vers le sommet, pour qui savait où regarder.

Adossée à une des pointes, elle fouilla ses poches pour trouver le sac de timbres qu’elle venait d’acheter et qu’elle avait bien faillit perdre alors que son illustre père cherchait ses poches pour trouver son briquet. Un geste anodin qui aurait pu lui valoir un mémorable sermon s’il avait commencé sa recherche dans les poches intérieures de la veste en cuir noir. Elle ouvrit le sac et choisit un petit timbre octogonale bleu. Elle avait envie d’un intense moment d’ivresse, elle ne voulait pas y rester tout la nuit. Au cours des dernières années, les fabricants de drogues illicites s’étaient surpassés avec les technologies génétiques de tout genre et il y en avait pour tout les gouts maintenant. Ils pouvaient maintenant donner aux consommateurs l’ivresse de l’alcool, mais sans la gueule de bois et surtout pour des périodes bien déterminées. Pour quiconque désir passer toute une nuit sous influence éthérée, c’était l’octogone rouge. Quelques heures seulement, disons deux ou trois, alors c’était la jaune. En revanche, le bleu lui, donnait une sensation d’ivresse allant de trente minutes à une heure. Dans son sac, il y avait bien plus. Des ronds, le LSD moderne et encore une fois, à durée variable. Les triangles, dont les effets ressemblaient à une bonne dose de haschisch, les carrés pour la cocaïne. Et toujours avec les couleurs pour déterminer la durée de l’effet. Anabelle sorti de sa poche un cordon de Kevlar pour s’attacher à la clôture de sécurité, juste au cas ou l’effet de l’octogone soit un peu trop fort et qu’elle ne s’endorme et roule sur la passerelle; le plongeon serait fatal. Elle appliqua le timbre à la base de sa nuque puis se coucha pour regarder les étoiles. Alors qu’elle s’étendit sur le ponceau, l’intensité lumineuse des grand édifices de Montréal s’abaissait. Bientôt, à sa gauche, la grande Île aurait l’air d’une immense masse phosphorescente bleutée. À sa droite, tout en bas, il y avait L’Ile… Alexis y était certainement. Alors que les effets de l’octogone commençaient à s’emparer d’elle, des visions du visage tourmenté du jeune homme l’envahirent. Si seulement elle pouvait s’approcher de lui, s’il pouvait lui faire confiance. Mais il haïssait son père, comme tout les habitants de l’Ile. Elle se demandait aussi s’il la haïssait elle aussi, représentante de la classe politique par ricochet, malgré elle. Sil elle avait pu se dissocier de son père, elle l’aurait fait. Elle-même voulait s’en éloigner, surtout depuis que son parti était au pouvoir. Elle aimait son père, mais elle détestait le politicien au plus haut point. Malgré l’immense cadeau technologique qu’il lui avait offert, sans son consentement.

Pour un moment, ce soir, l’octogone allait apaiser sa douleur d’être si mal étiquetée. Un jour, elle irait dans L’Ile. Un jour elle y serait acceptée.

Crédit Photo: Deviant Art,

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