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TEXTE ÉCRIT IL Y A DÉJÀ FORT LONGTEMPS!

La semaine dernière, pour la première fois en dix ans, j’ai pris le transport en commun. Étant donné un temps exécrable, c’était bien de pouvoir m’affranchir de toutes les frustrations comme les petits embouteillages, les rues glissantes, les impatients, les cyclistes imprudents… la paix! Ma bulle était un peu trop envahie à mon goût, mais j’étais prêt à vivre avec.

Au retour à la maison, j’ai remarqué une jeune femme avec une tablette de lecture. Ça m’a frappé. Elle me semblait toujours lire la même page alors que probablement elle en avait virtuellement tourné quelques-unes. Je me suis demandé si je n’étais pas témoin du début de la fin pour le livre papier. Est-ce que le livre va mourir?

Ça me semble tellement invraisemblable. Ce n’est pas comme la pellicule pour les appareils photos. C’était coûteux, ne laissait à peu près aucune marge de manoeuvre, pour avoir la même quantité d’images qu’aujourd’hui lors d’un seul shooting, j’aurais besoin au bas mot d’une cinquantaine de rouleaux… la pellicule, elle, devait disparaître! Mais le livre? Impensable!

Je ne me souviens plus où j’ai entendu ou lu ça, mais j’ai cette citation qui me vient à l’esprit : « Un livre… ça vit ». Il y a ce livre que j’ai acheté lors d’un voyage d’affaires à Pittsburgh. Dès que j’en vois la couverture, je me revois dans cet hôtel qui ressemble à tous les autres, je me souviens de cette journée de grands vents et d’un retour à la maison particulièrement mouvementé dans l’avion. Cet autre livre, je m’en souviens, je l’ai lu alors que tout allait mal. Il m’a permis de me détendre un peu, d’oublier les soucis. Et puis il y a lui, ce livre que j’ai lu deux ou trois fois. Ces pages sont usées, sa couverture craquelée par les nombreux transports en sac à dos. Chaque livre de ma minuscule collection a une histoire pour lui même. Mais une tablette? On l’allume, on lit, on l’éteint. Elle aura toujours la même allure, elle n’a pas de couverture vibrante dont l’image sera associée à une boutique de Montréal, Pittsburgh ou Chicago. Un livre a ses cicatrices, souvenirs d’un accrochage à un moment bien précis de notre vie.

Tenir un livre. D’accord, pour certains c’est un cas de tendinite. Mais les livres sont tellement agréables à tenir, à tourner leurs pages qui ont une texture particulière. L’odeur du papier; son encre. Tout ça serait-il sur le point de disparaître avec l’arrivée des Kindles et autres bidules électroniques?

« Oui, mais avec une tablette, tu peux transporter plusieurs livres »… Ouais, ça me fait une belle jambe, je ne peux en lire qu’un à la fois! Oh!  Mais je vois bien le potentiel pour les techniciens de service sur la route. Quand on a besoin de traîner des cartables de dessins techniques et manuels de référence, la tablette est une bénédiction. À part ça je ne vois aucunement l’utilité d’avoir une bibliothèque dans mon porte-document.

Un livre, c’est presque un ami intime qui va partager une partie de notre vie. Juste le voir peut nous ramener à un lieu ou une époque, c’en est presque magique.

Je ne souhaite pas que le livre disparaisse, bien que ça me semble inévitable. On ne peut pas arrêter le progrès. Petit à petit, les jeunes liront leur premier livre sur ces tablettes froides, insensibles au plaisir que peut prendre la lecture d’une brique pourtant encombrante. Le livre papier pour eux sera comme les vinyles sont pour les ados de nos jours. Une bébelle de vieux!

Je vais probablement en avoir une tablette, un jour, quand je ne trouverai plus mon livre préféré en papier ou encore quand je succomberai à la facilité de le télécharger d’une librairie virtuelle, froide et sans personne pour me faire un sourire en sortant « Merci… bonne journée Monsieur! ».

Image: Extraite du film « The Fantastic Flying Books of Mr Morris Lessmore »

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